L’organisateur ASO n’y est pas allé par 4 chemins : l’étape du tour 2026 choisie comme théâtre de la plus grande cyclosportive du monde est l’étape reine de la grande boucle 2026, la plus difficile en matière de ratio distance/dénivelée. Comme si ce seul élément ne suffisait pas, elle empruntera l’une des routes les plus hautes d’Europe : le mythique col du Galibier perché à plus de 2600m d’altitude, où l’oxygène se fait rare… Autant de chiffres qui devraient inciter tout un chacun, des cadors du groupe de tête à la valeureuse lanterne rouge, à adopter une stratégie de course murement réfléchie. Voici quelques billes pratiques et simples pour y parvenir, à condition de posséder un capteur de puissance:

De l’intérêt du pacing
Avec ces 5000m de dénivelée positif et sa longueur tutoyant les 200km, l’étape du tour 2026 est un véritable marathon, aux confins du monde de l’ultra-distance, thématique phare de ce blog. Elle constituera une aventure assez atypique pour la plupart des cyclosportifs inscrits. Ainsi, pour éviter de finir totalement HS ou de pousser e vélo dans la dernière montée, un peu d’anticipation s’impose. Au-delà de votre forme physique, du matos que vous aurez investi pour le jour J, partir avec un plan de course pertinent est votre meilleur arme pour prendre du plaisir sur une épreuve aussi dure. Les avantages sont multiples et d’ordre psychologique tout d’abord : lors d’une telle journée de vélo, le mental aura un rôle (presque) aussi important que vos capacités aérobies intrinsèques. Partir serein, avec un « plan » mûrement choisi, est un contexte idéal pour débuter l’épreuve. D’un point de vue physiologique, la stratégie de pacing (gestion de l’allure de course) permet d’adopter une allure stable dont les bénéfices sont multiples (économie des réserves en glycogène, limitation de la fatigue neuromusculaire, du stress métabolique, meilleure régulation de la température corporelle…etc) [1]. Cet article a pour but de vous aider à initier une stratégie de pacing, c’est-à-dire une intensité en watts, que l’on visera sur l’ensemble des ascensions de cette étape du tour. Compte tenu du profil qui se résume en une alternance de montées/descente, le plan de course consiste en effet à définir une puissance cible à tenir dans les différentes montées. Il est conseillé de viser une puissance que vous conserverez en théorie durant la majeure partie (voire la totalité si vos calculs sont précis!) de l’épreuve. Pourquoi viser un rythme le plus régulier possible dans les cols ? Plusieurs études effectuées chez des athlètes d’ultra-endurance (en course à pied) montrent que les coureurs les plus rapides sont ceux dont la vitesse varie le moins durant la totalité de la course [1].

L’analyse du parcours
Le profil de l’étape ne laisse pas vraiment de doute : durant les 170km qui constituent le parcours, montées et descentes vont s’enchaîner sans relâche! En dehors des 2 quinzaines de km situées au départ en Oisans puis en vallée de la Maurienne (entre Saint-Jean et Saint-Michel), la pente sera omniprésente! Pour autant « seulement » 4 difficultés sont répertoriées, cela nous indique d’ores et déjà que les temps d’ascension seront longs, et qu’il faudra donc ne pas se tromper de rythme sur chacune d’elles! Détaillons chaque montée :
- le col de la Croix de Fer (29km à 5.2%, D+ : 1519m) : interminable et irrégulier, voici les 2 adjectifs qui qualifient bien cette montée. Il va fallir jouer des 2 dérailleurs puisque parties roulantes, pentues (surtout le pied) et petites descentes alternent tout au long du col.
- le col du Télégraphe (12km à 7.1%, D+ : 846m) : c’est sans doute le plus facile des 3! La pente est régulière, l’asphalte de qualité, la route agréable en lacets, en sous-bois, et l’altitude modérée. De plus, à l’entame de ce col, vous serez sans doute heureux de quitter la vallée de la Maurienne (une probable fournaise un 25 juillet), ses camions, ses usines et son asphalte brulante.
- le col du Galibier (17.5km à 6.9%, D+ : 1213m) : c’est clairement l’épouvantail de cette épreuve! Vous aurez déjà près de 3000m de D+ au pied, et les moins habitués pourront connaître de vraies difficultés à l’approche du sommet, en lien avec la raréfaction de l’oxygène passé 2000m (un petit passage par ces altitudes durant les semaines qui précèderont l’épreuve peut s’avérer salvateur).
- le col de Sarenne (12.8km à 7.5%, D+ : 958m) : méconnu, cette route offrira aux coureurs une ambiance bien plus sauvage et authentique que les classiques21 virages de la traditionnelle montée de l’Alpes d’Huez. Attention si l’on analyse le profil en détails, on note d’emblée que la pente de 3 kilomètres sur 12 est inférieure à 5%… la pente moyenne des 9 kilomètres restant est donc assez effrayante! De toute manière, le dessert d’un tel menu, quel que soit son couple longueur/dénivelé, sera dur à avaler. C’est ici que vous jetterez vos dernières forces dans la bataille!

Si nous sortons la calculatrice, nous avons donc au final 71 kilomètres d’ascension, pour un dénivelé positif total de 4536m . Pour avoir en quelques clics une idée de la durée totale d’ascension que cela représente, il est possible d’utiliser l’un des nombreux simulateurs d’ascension disponible en ligne. Celui de l’excellent blog Velo2max a été utilisé pour les calculs suivants :
Le principe consiste à rentrer les valeurs de :
- distance,
- dénivelé positif,
- poids du coureur,
- poids de l’ensemble vélo + équipement,
- coefficient de trainée aérodynamique (0.4 est le plus pertinent compte tenu de la position haute adoptée dans les montées longues),
- coefficient de résistance au roulement : 0.004 car les revêtement des routes empruntées est globalement très bon et vous aurez des pneus au top pour le jour J!
- densité atmosphérique : 0.94, nous évoluerons autour des 2000m et il fera sans doute autour des 25°C.
Avec le poids total vélo + cycliste + équipement, nous aurons déjà un ordre d’idée de la correspondance watts/durée totale d’ascension sur cette Etape du Tour 2026. Pour un cycliste d’1m80 pour 70kg qui trimballerait 10kg de matos, voici les chiffres obtenus en procédant à taton avec le calculateur Velo2max:
| Watts | Durée totale d’ascension |
| 167 | 6h30 |
| 182 | 6h |
| 199 | 5h30 |
| 221 | 5h |
| 234 | 4h45 |
| 249 | 4h30 |
| 266 | 4h15 |
| 285 | 4h |
| 307 | 3h45 |
| 333 | 3h30 |
Quelle puissance envisager dans les cols ?
Le coeur de la stratégie consiste désormais à trouver le couple watts/durée de montée que vous viserez le jour J. Mais quelle piste de départ suivre pour trouver d’ores et déjà le couple watts/durée qui correspond à votre niveau actuel et que vous chercherez à améliorer durant l’hiver ?

Si vous vous êtes inscrit à cette étape du tour, il y a peu de chance pour que vous voyez véritablement novice dans le vélo et naïf de tout entraînement à moins que l’audace (l’inconscience?) vous caractérise! Aussi, vous avez peut être déjà une vague idée de la puissance que vous êtes capable de tenir sur une sortie d’endurance longue par exemple (qui correspondra au temps total d’ascension de nombreux cyclistes) durant laquelle l’effort est lissé au maximum. Si par exemple, vous effectuez régulièrement des sorties d’endurance de 5h à 200W moyen normalisés, vous pouvez déjà partir sur cette base de travail, de façon à vous entraîner en conséquence durant l’hiver. Attention, il est très important que le contenu des sorties Z2 sur lesquelles vous vous basez soit pertinent : l’effort réalisé doit se rapprocher de celui qui caractérise une montée de col, cela revient réaliser des sorties Z2 en lissant son effort et en limitant le temps de roue libre le plus possible. Les sorties Z2 en terrain vallonné où le rythme est soutenu dans les bosses et la cadence nulle en descente ne sont pas du tout informatives!
De même, si vous êtes déjà un cycliste aguerri collectant des data grâce à votre compteur depuis plusieurs années, vous disposez forcément d’un profil de puissance record (PPR) parfois appelé courbe de puissance selon les applications, vous pouvez peut être y trouver votre record de puissance sur les durées présentes dans le tableau précédent. Exemple de PPR:

Imaginons que ce PPR corresponde à celui d’un cycliste de 70kg trimballant 10kg de matos (vélo + nutrition + bidon…etc). L’analyse couplée du PPR et du tableau précédent montre qu’il est capable de tenir au mieux 260w sur 4h lors d’une sortie d’endurance. Il se situe donc théoriquement entre les lignes 249W/4h30 et 266W/4h15. Attention, il est quand même judicieux de prendre un peu de marge: les longues descentes lors de l’étape du tour ne seront pas de la pure récupération, il va falloir rester attentif au moment du choix des trajectoires, relancer en sortie de virage pour conserver votre position….etc.
De même, si votre expérience de cycliste doté d’un capteur de puissance en montagne est importante et que vous avez déjà effectué des enchaînement de cols, vous pouvez jeter un oeil aux watts sortis et les mettre en rapport avec la durée totale des ascensions…
Vous le voyez, les pistes sont nombreuses pour initier une stratégie que vous peaufinerez au cours des prochains mois! Et si vous n’avez à ce jour jamais effectué de sorties longues en endurance avec capteur de puissance, c’est peut-être l’occasion de remédier à la situation durant les mois qui viennent. Dans un prochain billet, nous verrons quels entraînements pratiquer pour progresser dans les zones d’effort qui seront particulièrement mises à contribution le jour J!
Bibliographie :
[1] Knechtle B, Nikolaidis PT. Physiology and Pathophysiology in Ultra-Marathon Running. Front Physiol. 2018 Jun 1;9:634. doi: 10.3389/fphys.2018.00634. PMID: 29910741; PMCID: PMC5992463.